Une communauté d'innovation (Start-up, PME, chercheurs, agriculteurs) pour co-concevoir l'agriculture autonome et connectée

Organisation et animation d'un atelier de co-conception de futurs désirables pour l'agriculture connectée

En bref

La mission : Amorcer la construction d'une communauté d'innovation sur le thème de l'agriculture autonome et connectée afin d'explorer des futurs désirables 

En sortie : Une dynamique de co-conception initiée entre des acteurs se rencontrant pour la première fois (Start-up, chercheurs, agriculteurs) et 5 projets innovants 

Une agriculture autonome et connectée : un désirable pour tous ? 

Le développement du numérique et des nouvelles technologies (drones, capteurs, solutions mobiles) multiplient aujourd'hui les possibilités de collecte et d'usage des données dans le secteur agricole. Ces outils connectés ouvrent de nouvelles opportunités pour les agriculteurs, de l'aide à la prise de décision à une gestion optimisée du temps. Cependant, leurs usages au quotidien, ainsi que la façon dont les agriculteurs se les approprient, demeurent encore largement à concevoir. Par ailleurs, l'intégration des outils connectés dans les exploitations conduit l'agriculteur à se questionner sur la façon de conserver son autonomie décisionnelle et sa capacité d'action concernant les données produites.

En mars 2017,  la chaire i3F (Ingénierie et Innovation Frugale) de l'Université Paris Saclay a choisi de réunir des startup, des PME, des agriculteurs et des chercheurs afin d'amorcer un travail de co-conception sur le thème de l'agriculture autonome et connectée. L'enjeu de ces ateliers était d'amorcer la création d'une communauté d'innovation sur le sujet afin d'explorer de nouvelles opportunités communes et désirables pour tous. 

Un format d'atelier pour aligner les visions sur des désirables communs

Afin de favoriser l'exploration de nouveaux concepts désirables et partagés, l'organisation de la journée d'atelier s'est appuyée sur la théorie C-K et le format d'atelier DKCP (parfois aussi appelé KCP). 

L'organisation d'un atelier DKCP fait intervenir quatre phases : une phase de préparation en amont de l'atelier (Phase D ou phase de définition), une phase de partage de connaissance en atelier (Phase K ou phase "Knowledge"), une phase de génération d'idées (Phase C ou phase "Concept") et une phase d'amorçage de projets (Phase P). 

En amont de l'atelier, la théorie C-K favorise l'organisation des phases K et C, en aidant à l'identification de concepts originaux qui pourraient être explorés par les participants, mais également, de connaissances surprenantes qui pourraient leur être présentées. Dans le cas de l'atelier Agriconnect, elle a notamment permis d'explorer de façon rigoureuse de nouvelles pistes innovantes à partir du thème initial "Une agriculture autonome et connectée". Ces pistes adressaient différents sens du mot "autonomie" et du mot "connecté" : par exemple, le concept d'une "agriculture connectée" amène presque automatiquement à explorer une agriculture reposant sur l'internet des objets, alors que ce concept peut également ouvrir de nouvelles pistes pour une agriculture favorisant le lien social, par exemple entre les agriculteurs. La phase de définition a ainsi abouti à l'élaboration d'une cartographie de pistes innovantes, mais aussi de  connaissances manquantes nécessaires au développement de ces pistes. 

La journée d'atelier s'est ainsi décomposé en deux phases principales dont le contenu a été alimenté par  :

  • Une phase de partage de connaissances (Phase K) qui consistait en des exposés d’intervenants présentant l’état de l’art récent, mais également des connaissances décalées et inspirantes.

  • Une phase de génération d’idées (Phase C) organisée autour de grands thèmes appelés « Projecteurs ». 

 

 

La phase de préparation des ateliers a notamment permis d’identifier 4 concepts projecteurs autour desquels s’est organisée la génération d’idées pendant les ateliers : 

  • L'agriculteur omniscient (Comment faciliter l'accès de l'information par le traitement de la donnée ? Quel niveau de connaissance et quelles modalités d'action faut-il offrir à l'agriculteur ? Y a-t-il un "juste" savoir ?)

  • La culture AmazonGo (Quels moyens pour rapprocher l'agriculteur et le consommateur final ? Comment simplifier l'accès aux exploitations ou à leur production?)

  • Cultiver la data (Comment donner de la valeur aux données ? Quels nouveaux usages originaux pourraient émerger du recyclage voire de la consigne des données issues des exploitations)

  • Un patrimoine sur-mesure (Comment les outils numériques permettraient-ils de valoriser un patrimoine cultivé/culinaire, voire de créer de nouveaux éléments de patrimoine ? Peuvent-ils aider à inventer des terroirs qui n'existent pas encore ?)

Des mood boards ont été utilisés pour présenter les concepts projecteurs aux participants : les images du mood board illustrent à la fois des connaissances permettant d'expliciter le concept, mais également des connaissances surprenantes favorisant la génération d'idées originales.

Les cinq projets innovants issus de l'atelier

À l'issue des ateliers, 5 projets innovants ont été retenus par les participants : 

  •  Le "Siri" agricole : un agriculteur pourrait utiliser cet outil pour entrer vocalement des informations sur ses pratiques, répertorier au fil du temps des données sur la gestion de son exploitation (semis, fertilisation, arrosage) et ainsi gagner du temps et simplifier certaines tâches (les participants ont par exemple mis l'accent sur le caractère chronophage des logiciels de comptabilité utilisés actuellement par les agriculteurs). 

  • Le tamis à semence du savoir : il s'agit d'un filtre permettant de renvoyer à l'agriculteur, de façon personnalisée, uniquement l'information utile à la gestion de son exploitation. Les participants ont abouti à ce concept en se développant l'idée d'un "juste savoir". 

  • L'avatar : partant de l'idée que l'agriculteur n'a pas tant besoin d'avoir une confiance aveugle dans les données produites mais plutôt une confiance "éclairée", les participants ont proposé l'idée d'un avatar : une intelligence artificielle susceptible de reproduire le mode de pensée d'un agriculteur pour ainsi mieux répondre à ces besoins.

  • La fluidification multi-réseaux de l'offre et de la demande agricole : il s'agit de permettre à un agriculteur ou groupe d'agriculteurs de mieux gérer son offre et les modes de distributions associé en ayant une meilleure connaissance de la demande des consommateurs. Les participants ont proposé d'incarner ce concept dans un tableau de bord numérique favorisant la gestion de la demande dans une région donnée, une option de livraison en direct, ainsi que par des lieux de collecte et de gestion partagée des denrées auxquels les consommateurs auraient facilement accès (par exemple, un lieu commun à un quartier où des frigos seraient entreposés).

  • Le MOOC Wwoofing virtuel : le Wwoof (World-Wide Opportunities on Organic Farms) est un réseau mondial de fermes biologiques au sein duquel des exploitants se proposent d'accueillir des Wwoofers pour partager avec eux leur connaissances. Les participants aux ateliers ont proposé une alternative virtuelle à ces séjours à la ferme avec des modules d'apprentissage sur le net qui permettraient à différents exploitants de partager l’histoire d’une ferme, de la région, du patrimoine, des différentes cultures associées, mais également d'enseigner des pratiques agricoles et des techniques culturales.

Cette journée d'atelier a ainsi favorisé la mise en place d'une véritable dynamique de conception entre des acteurs portant chacun une vision différente de l'agriculture autonome et connectée : le format d'atelier DKCP a permis de créer un espace d'exploration de futurs désirables communs à l'ensemble des participants. 

2020

Contact

  • Noir LinkedIn Icône

© 2020 D'où viennent les bonnes idées